• Le cercle D.E.litt

Ci-gît l’amer

Autrice / Cynthia Fleury

lu pour vous par Clothilde


Cet essai est une analyse psychanalytique, philosophique et historique de la notion d'amertume comme sentiment humain. Il se découpe en trois parties qui pourrait être l'amertume de l'individu (qui est l'homme amer ?), celle du groupe social (notamment au travers de la montée du nazisme) et enfin, une approche autour de la décolonisation. Le livre est difficile, je ne serais pas honnête si je disais qu'il se lit facilement et encore moins qu'il s'appréhende aisément. J'ai dû passer à côté de certains concepts, je n'en ai certainement compris que ce qui m'était le plus proche notamment en termes d'expériences et de compétences.

La première partie est passionnante, on y découvre les mécanismes qui façonnent l'amertume des individus, la notion de faux-self, ces individus qui se fondent dans l'attente des autres, au point d'avoir autant d'identités que de personnes rencontrées, au point que l'on se demande qui ils sont réellement.

L'autrice affirme que pour échapper au ressentiment et donc à l'amertume, il faut conserver sa vigilance, être sans cesse en mouvement. C'est un travail à plein temps qui demande effort et prise de conscience. L'amertume est finalement une manière de céder à une certaine facilité. Elle va plus loin en ajoutant que le ressentiment serait la conséquence d'une démocratie ratée, puisqu'elle aurait failli dans son idéal d'égalitarisme. Le déséquilibre des richesses et des capacités à y accéder crée évidement ce sentiment d'amertume, le sentiment d'être tronqué ou empêché dans son accès à l'égalité entre les citoyens.

La notion de facilité pour échapper à l’amertume est assez étrangère en l’espèce. L’autrice parle davantage d’exigence et de lucidité pour éviter de tomber dans le ressentiment. Elle axe aussi beaucoup sur la créativité qui est un excellent pilier pour échapper au ressentiment. Pour ma part, j’aime bien ce passage où citant Descartes, elle affirme « la générosité est matricielle et protectrice des passions tristes -colère, envie, jalousie ». Ce peut être un bon moyen d’échapper au ressentiment : être généreux émotionnellement et socialement.

La partie qui m'a le plus intéressée, hormis l'aspect psychanalytique qui est passionnant, riche et finalement très accessible est celle sur la décolonisation. L'autre jour, Angélique Kidjo à la matinale de France Inter disait avec des mots plus simples, très exactement, ce que Cynthia Fleury exprime dans son essai. Les mouvements "racisés" assignent dans leur identité de racisés les personnes qui s'en revendiquent. L'universalité perd la bataille face à l'identité. Or, l'universalité est une pensée du mouvement, de l'échange, du contact, ce que n'est pas la pensée de l'identité figée, assignée à résidence dans un cadre, souvent ramené à son aspect historique. "L'homme noir n'a pas à se soucier de l'homme noir, il a se soucier de l'homme" (Fanon). De manière tellement évidente : "Dans le monde où je m'achemine, je me crée interminablement " puis "rien ne doit enfermer un être (...) ni le passé, ni l'avenir bouché". Elle précise ainsi que la référence sans cesse au passé colonial comme explication des difficultés des jeunes générations n'est qu'un enfermement de plus, au delà de la question sociale, de la question des quartiers, de la gestion de l'immigration de la troisième ou quatrième génération.

"Il y a de part et d'autre du monde, des hommes qui cherchent".

Et voilà bien la conclusion de cet essai, la seule manière de ne pas céder aux sirènes du ressentiment et de l'amertume, c'est sans cesse chercher, essayer de comprendre soi et les autres, soi et le monde. Et sans cesse, accepter de se séparer de ce qui tourne à vide...




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