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Crénom, Baudelaire !

Auteur / Jean Teulé

lu pour vous par Rose-Lire

Jean Teulé, toujours truculent, a le chic pour rendre vivants les personnages historiques : Baudelaire, individu plutôt odieux, va exciter sa verve au vitriol et ce roman-biographie brillant, érudit, désopilant parfois peut cependant en dégoûter plus d’un. Pourtant tout est vrai !

Voici un haïssable personnage égocentrique, flambeur, pervers et bien sûr drogué jusqu’à la moelle qui va revivre sous sa plume sans édulcoration.

Trop attaché à sa mère, le petit Charles se réjouira à 5 ans de la mort de son père car ainsi, elle pourra être toute à lui. Mais elle se remarie aussitôt, l’enfant, se trouvant abandonné, ne bénéficiera que de la tendresse de Mariette, « la servante au grand cœur ».

En grandissant, ce jeune homme tourmenté va donner libre cours à son excentricité, à sa haine du genre humain.

Insolent, irrévérencieux, il sera renvoyé du lycée Louis-le-Grand et expédié par son beau-père sur un bateau pour faire le tout du monde.

Après avoir gâché la traversée des passagers, comme des marins ou du capitaine, il décide de quitter le navire et derentrer à Paris.

Son père lui a laissé de l’argent, mais comme il va le dilapider de façon insensée, il sera mis sous tutelle et vivra aux crochets de son entourage.

Jean Teulé le montre à son retour à Paris, plein de méchanceté, brûlant la chandelle par les deux bouts, se vautrant dans la luxure. Il attrape la syphilis auprès de prostituées et ce sera peut-être l’origine de son addiction à diverses drogues.

Escroquant sans vergogne ses proches, sa mère, ses amis, il ira dans l’existence, trouvant les plus grandes beautés dans les horreurs.

Les descriptions les plus triviales de Jean Teulé amènent le poème qui en découle et c’est une respiration dans ce monde de débauche.

Les vers saisissants de cet unique recueil de poésie, les Fleurs du Mal, vous seront remis en mémoire et leur beauté, leur originalité vous frapperont encore plus.

Ses amis, poètes, peintres, comme Théophile Gautier, Asselineau ou Courbet, bien patients et indéfectibles malgré tout, vont reconnaître ce génie tourmenté et l’inciter à publier.

Justement, son éditeur, Poulet-Malassis, fera preuve d’une ténacité remarquable et ira même en prison à cause de lui…

Jean Teulé choisit de ne pas évoquer l’énorme travail de Baudelaire sur la traduction d’Edgar Poe. Il le mentionne malgré tout.

Sur la fin de sa vie, paralysé, muet, Baudelaire, retourné dans le giron de sa mère qui le trouve enfin assagi, ne pourra que répéter sans arrêt ce juron « Crénom ».

Non, on ne peut aimer ce personnage mysogine, d’un égoïsme flamboyant et pourtant à la fin du livre de Jean Teulé, à l’enterrement de Charles Baudelaire (non, non, je ne divulgue rien, chacun sait bien qu’il est mort), on se prend à mépriser les frères Goncourt, plein de suffisance, dont le nom n’a vécu que grâce au prix éponyme, et tous ces petits vermisseaux qui n’ont pas reconnu « ses ailes de géant »…

Jean Teulé a, selon moi, réussi un exploit : redonner l’envie de relire, de se replonger et être subjugué par quelques poèmes des Fleurs du Mal !



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