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  • Photo du rédacteurLe cercle D.E.litt

Les jours fragiles

Auteur/Philippe Besson/Lu pour vous par O'no


Ces jours fragiles ce sont les derniers que va vivre Arthur Rimbaud, ceux qui vont le conduire inexorablement vers l’irrémédiable. C’est par le truchement de son journal intime qu’Isabelle, sœur cadette d’Arthur, nous entraîne dans les profondeurs de l’intimité familiale dans un temps qui est compté.

Le journal débute le vendredi 29 mai par l’annonce du retour d’Arthur, et s’achève le vendredi 14 novembre de cette année 1891 par la mise en terre d’Arthur, décédé le 10 novembre.

 

Isabelle brosse un portrait bref mais précis des membres de la famille, ce père qui était présent au gré de ses affectations militaires et qui a fini par ne plus venir, Frédéric, l’autre frère, qui n’habite pas loin mais que l’on ne voit jamais, les deux sœurs mortes très jeunes, la mère glaçante de froideur et puis Arthur le beau, le magnifique, le surdoué, l’ange qui revient au bercail. Après des années d’errances, mutilé et malade.

 

Alors qu’elle était encore enfant Isabelle a beaucoup souffert des fugues et du manque d’Arthur, redoutant, quand il était là, ses révoltes, ses colères et ses probables départs. Aujourd’hui, il revient et sollicite la présence à ses côtés de sa sœur qu’il aime sans jamais le lui dire. « Dans cette famille on ne fait pas étalage de ses sentiments ». Cependant, frère et sœur auront des moments d’échanges et de partage, même, si parfois Arthur prononcera des mots qui choqueront Isabelle mais qui le soulageront de ses angoisses. Elle est prête à tous les sacrifices pour lui et pense à la postérité, elle ne veut ni le salir ni le trahir. « Il faudra servir des mensonges qui auront l’air de vérités » écrit - elle. Il faudra admettre les errements du passé et absoudre les fautes qui ont été commises.

 

La mère se fait le chantre de la rigueur, de l’insensibilité, de la froideur. Comment justifier ce manque d’humanité face à la maladie puis à la mort de son propre enfant ? On peut certes considérer le poids de l’éducation et des mœurs de l’époque, les scandales successifs auxquels elle a dû faire face et qui ont engendré de la rancœur, des incompréhensions, de la lassitude. Mais, dans cette tragédie familiale et dans sa profonde intimité pourquoi n’a-t-elle, à aucun moment, fendu l’armure, fait un geste d’amour ou de compassion vers un de ses enfants ?

 

A la grisaille de cette campagne ardennaise s’ajoute la froidure d’un été qui n’arrive pas à s’affirmer privant Arthur d’un soleil qu’il n’a jamais cessé de chercher à travers ses voyages et séjours en Afrique.

 

Ce livre est poignant, sensible et fort. L’auteur avec humanité, finesse et talent nous entraîne dans cet épisode tragique le nimbant de douceur et d’amour fraternel. Au hasard d’un mot c’est le vers d’un poème qui vous revient à l’esprit et c’est Rimbaud le poète de génie qui est toujours vivant.


Rimbaud alité après le « drame de Bruxelles », juillet 1873 (tableau peint par Jef Rosman, musée Arthur Rimbaud). Wikimedia Commons

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