• Le cercle D.E.litt

L’eau rouge

Auteur / Jurica Pavicic

lu pour vous par Leserin


9 novembre 1989 , chute du mur de Berlin.

1990 fin de la république fédérative socialiste de Yougoslavie.

25 juin 1991 Déclaration d’indépendance de la Croatie.


Le roman L’Eau rouge commence en septembre 1989 et se termine en 2017, retraçant la vie de la famille Vela, qui vit dans le village de Misto, près de Split, sur la côte croate. Il raconte également l’histoire de la région, c’est à dire de la guerre qui a conduit à la désintégration de la Yougoslavie, et la nouvelle ère qui a suivi : celle du capitalisme et de l’invasion du tourisme.

La famille Vela, composée des parents Vesna et Jakob et de leurs jumeaux de dix-sept ans Silva et Mate, passe des jours soi-disant heureux à la fin de l’été croate. Mais après une fête, un samedi soir, Silva disparaît, sans laisser de trace. La famille, puis la police la recherchent en vain. Brane, le petit ami de Silva, est rapidement éliminé des suspects, car il n’est arrivé à Misto en bus que le dimanche matin. Adrian, le fils du boulanger, a été le dernier à être avec elle lors de la fête. Il est arrêté. Cependant, l’enquête qui comprend un interrogatoire et un test au détecteur de mensonges, ne donne aucun résultat. Au contraire.

Dans l’Eau rouge, Jurica Pavici dissèque méticuleusement les effets de la disparition de Silva sur sa famille, la communauté villageoise et d’autres personnages. Ce qui m’a impressionnée, c’est la manière dont la désintégration de la Yougoslavie affecte les événements de Misto.

L’enquêteur Gorki Sain est un personnage particulièrement pertinent. Son grand-père a été un héros de guerre , combattant aux côtés de Tito, futur chef d’état. Après la fin de la Yougoslavie, il travaillera pour une société immobilière irlandaise qui sait comment spéculer sur des terrains afin de développer des centres de vacances en Dalmatie. Ainsi, l’ancien communiste devient un compagnon de route du capitalisme, dont le curriculum vitae présente des parallèles avec le développement du pays. Le pays se désintègre, la guerre vient et enfin les spéculateurs étrangers !

L’auteur Jurica Pavicic est journaliste, critique de cinéma et littéraire de renom dans sa Croatie natale. Son roman n’est pas un roman policier typique, pendant longtemps on ignore s’il s’agit vraiment d’une affaire criminelle. Il crée une tension avec cette incertitude. Ce qui aurait pu être un thriller devient un portrait de la société. Le style de Pavicic est fluide. Il décrit parfaitement la spirale dans laquelle les personnages tombent. Les événements sont étroitement liés entre eux . Si l’État ne s’était pas effondré, la police ne serait pas devenue une armée, Gorki n’aurait pas perdu son emploi, aurait continué à enquêter, et ainsi de suite. Au lieu de cela, il faut attendre 2016 pour que la famille apprenne enfin ce qu’il est advenu de leur Silva.

Du grand cinéma de lecture !!






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